Mon expérience d’immigrante - Rosamund Mosse

 

J’étais âgée de 7 ans lorsque ma famille a immigré au Canada du Royaume-Uni. Mon père avait accepté un poste à l’Université de Toronto à titre de codirecteur de ce qui s’appelait alors l’International Institute for Global Education. À ce moment, en 1992, sous le gouvernement Mulroney, l’immigration était relativement facile pour un couple instruit et apte au travail avec deux enfants.

Mon expérience d’immigrante a aussi été relativement facile. Les enfants s’adaptent généralement bien, et même si ma mère vous racontera des histoires très émouvantes à propos du fait que les vaches me manquaient à Toronto, quand j’ai compris ce qu’était la récréation et que mon accent était une caractéristique désirable chez une meilleure amie, les choses allaient bien. Je ne cherche pas à minimiser les défis associés à mon expérience de nouvelle arrivante au Canada ni l’impact que la réinstallation dans un nouveau pays a eu sur moi pendant ces années formatrices. C’est plutôt pour dire qu’à mesure que mon accent du Yorkshire s’estompait, les autres éléments de mon « altérité » s’estompaient aussi, et l’on m’a rapidement fourni le même capital social et culturel qu’à mes amis nés au Canada.

Depuis, j’ai voyagé – et vécu – dans d’autres parties du monde et j’ai eu l’occasion de me remémorer mon « expérience de nouvelle arrivante ». À l’âge de 18 ans, j’ai passé un an en Bolivie dans le cadre d’un voyage-échange. Dans une petite ville minière perchée très haut dans les Andes, je ne passais certainement pas inaperçue. Plus tard, j’ai étudié pendant un semestre

à l’Université de La Havane, à Cuba, et j’ai ensuite passé six mois à travailler dans le Honduras pour une ONG du Nouveau-Brunswick, Falls Brook Centre. Plus récemment, j’ai déménagé en Suède pour terminer ma maîtrise en leadership stratégique pour des collectivités durables. S’y retrouver dans les systèmes, les structures et les coutumes d’un autre pays peut être à la fois un défi et un véritable cadeau. Je reconnais que, même à l’ère de la mondialisation et de ce qu’on appelle la « migration de masse », je fais partie d’un pourcentage relativement faible de la population qui a le privilège de voyager et de vivre à l’extérieur de son pays d’origine. Cela incite à l’humilité et inspire la gratitude, même dans les moments difficiles.

Le Canada atlantique occupe toutefois une place très spéciale dans mon cœur. J’ai fait mes études intermédiaires et secondaires à Charlottetown et j’ai ensuite fait mes études universitaires à Halifax, où j’ai passé une longue période de huit ans (l’endroit où j’ai vécu le plus longtemps). Même si j’avais vécu au Nouveau-Brunswick pendant seulement un an et demi avant de déménager à Moncton ce mois-ci, j’ai eu l’impression de faire un retour au bercail. J’adore les paysages, le sens de l’humour et l’esprit des Maritimes. Il existe un fort sentiment d’appartenance à la collectivité ici, de même qu’un esprit entrepreneurial et d’autosuffisance. Les gens agissent tout simplement. Ils n’attendent pas que quelqu’un les remarque. Ils n’attendent pas que les circonstances ou le moment soient parfaits. Ils se lancent. Comme spécialiste des laboratoires sociaux et perfectionniste chronique, je trouve cela très rafraîchissant!

Les expériences que j’ai acquises à titre de nouvelle arrivante, d’élève étrangère et de bâtisseuse communautaire transplantée et temporaire se mesurent en fin de compte par mes échanges et mes rapports avec les autres. Ils peuvent parfois sembler anodins : tasses de thé, repas partagés ou promenades dans la forêt. C’est une leçon que je mettrai à profit dans le laboratoire sur l’immigration économique. Peu importe ce qui passera sur le plan des politiques, la qualité des rapports personnels et le degré de rapprochement vécu dans le laboratoire et dans les groupes de travail subséquents auront comme résultat direct la transformation culturelle ou la culture d’entreprise. En tant que conceptrice de processus, c’est ce qui nourrit ma réflexion au moment d’entreprendre cette démarche avec vous tous. Je me réjouis à l’idée de travailler avec vous pour faire du Nouveau-Brunswick un chef de file de l’attraction, de l’accueil et du maintien des nouveaux arrivants.

 
Amanda Hachey